Billet d’humeur #2 : Une histoire en agonie

Chaque voyage-retour au Maroc me donnait droit à cette question: « Alors, as-tu visité Paris? ». Et bien, non, car…Paris, c’est loin, Paris c’est cher…Paris c’est grand…Paris c’est…difficile. En tous cas, c’est l’image que j’avais de la capitale.

Étudiante à l’époque, je préférais rentrer au Maroc dès que j’avais l’occasion pour m’y ressourcer auprès des miens. Aller ailleurs, cela ne m’intéressait pas. Puis le temps passa et le besoin de voir d’autres paysages, de nouveaux visages et de nouvelles cultures a commencé à se faire sérieusement sentir.  J’ai laissé la chance aux occasions qui venaient. D’abord la Corse (premier voyage en bateau) puis le Danemark, suivi de l’Angleterre et de l’Allemagne.

Cet été, j’ai eu la chance de recevoir à Marseille mon oncle et sa petite famille. L’occasion s’est donc présentée pour monter tous ensemble à Paris. C’était un voyage épuisant certes, mais extrêmement enrichissant. Nous avons pu visiter pendant trois jours les plus grands monuments historiques de la ville, sa Dame de Fer, ses Champs Élysées, ses grandes églises et grands musées. Puis vint le grand retour à Massilia, suivi d’un moment de partage autour de ce qui nous a le plus marqué durant ce séjour:

« Paris est une ville merveilleuse »… »Le stresse de la vie parisienne me fait penser un peu à Casablanca »… »C’est quand même une ville riche en monuments et qui a une grande histoire »… »Même leur musique est magnifique! »… »Rien à voir avec le Maroc. Nous, notre seule histoire se résume à la Marche Verte »… »Faut être sincère, le Maroc n’a pas d’histoire »…

Le Maroc n’a pas d’histoire…

Un grand moment de solitude. D’abord le choc, puis l’indignation, puis la culpabilité de n’avoir pas eu grand chose à répondre. Comment peut on dire cela? et pourquoi n’ai-je pas pu avoir une réponse du tac au tac? Comment puis-je ne pas connaître l’histoire du Maroc? Je l’ai pourtant apprise à l’école, comme tout le monde, mais sans l’assimiler pour autant. (Presque) rien n’a survécu au temps, d’où le manque de réaction face à cette situation, qui, de plus est délicate car débattre avec ses proches n’a jamais été évident. Et puis quand bien même j’avais le bagage nécessaire pour alimenter le débat, allais-je comparer deux pays que j’affectionne avec objectivité? L’un d’eux devait surement le remporter, chose que je ne souhaitais guère.

Pourquoi nos jeunes ne connaissent-ils pas leur histoire? Est-ce une affaire marocco-marocaine où est-ce un syndrome universel? A qui la faute: à l’éducation nationale, aux parents ou à la société toute entière? Comment les rendre fiers de leur héritage? Face à la sur-médiatisation de la culture « occidentale » qui a pris le pays depuis le siècle dernier, quasiment toutes les références des jeunes marocains sont franco-américaines. Pas étonnant de les entendre dire que l’histoire des autres est plus riche que la leur!

L’histoire c’est pour les « littéraires »

La grande majorité des marocains ne jure que pas les branches scientifiques. J’ignore quand cela a commencé (après l’indépendance?) mais cela n’arrange pas les choses… Pousser ses enfants à suivre un parcours scolaire dans la frustration les empêche de développer leur sens critique. Ils assimilent des informations pour les régurgiter plus tard, bêtement. Pas d’analyse, pas de curiosité, pas de lecture « hors programme » et donc pas de connaissance libre. On pense chiffres, courbes et résultats et on se déconnecte de la réalité tangible, celle de nos ancêtres, ces « anciens » qui se sont donnés corps et âmes pour que nous, on puisse vivre chez nous, libres, et que l’on puisse accéder au Savoir.

Le choix des filières scientifiques peut se comprendre. Aussi bien au Maroc que dans d’autres pays, les métiers porteurs sont ceux qui payent le plus: la médecine, les finances, l’informatique…Pourtant, l’enseignement de l’Histoire à bien un rôle très important dans le développement de l’identité nationale des jeunes, quelle que soit leur branche.

« L’enseignement de l’histoire a toujours eu pour objectif de faire grandir le sentiment d’identité nationale chez les jeunes. (…) le fondement de l’enseignement de l’histoire n’a pas changé, il s’agit toujours de faire naître chez les jeunes un sentiment d’appartenance à une communauté.

(…) L’histoire, c’est aussi l’enseignement du temps. Les jeunes ont des difficultés à se situer dans le temps, ils vivent dans un éternel présent. Ils oublient très vite ce qui s’est passé hier, ce qui provoque des difficultés à se situer dans la société. Et qui dit oublier le passé, dit avoir des difficultés à concevoir l’avenir, la difficulté à se projeter. » Caroline Jouneau-Sion

Problématique moderne = solution moderne

La soif de connaissance de nos anciens se perd au détriment du seigneur Numérique. S’y adapter est la solution. Comment enseigner l’histoire du Maroc de façon à ce que celle-ci soit une partie de plaisir et non un lourd fardeau? Bien avant l’école, le travail doit se faire à la maison: Lire à ses enfants des contes de la tradition marocaine, leur montrer des dessins animés sur l’histoire du Maroc, mais surtout, leur donner le bon exemple en étant fiers et en parlant avec passion de son pays, des petits pas qui sèmerons l’envie d’apprendre. Certes, il n’y a pas que l’histoire du Maroc à connaitre, mais comment aimer l’autre avant de s’aimer soi même?

Commençons par construire les bonnes fondations, le reste du travail est une affaire de temps…En attendant, nous avons du khobz sur la planche!

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