Billet d’humeur #3 : De l’autre côté de la Force

Cela fait 9 ans jour pour jour que j’habite en France. Quitter le Maroc à l’âge de 17 ans était une grande épreuve pour l’adolescente introvertie que je fus jadis. L’éloignement de sa terre, sa famille, ses amis, le changement de repères, le passage à la vie d’adulte, un chamboulement vécu par beaucoup de jeunes bacheliers marocains qui partent en France pour leurs études supérieures.

Au commencement, l’appréhension se mêle à l’excitation. Le goût de l’aventure est prononcé et l’esprit s’évade dans mille et une pensée d’avenir: que vais-je bien accomplir dans ce pays? serais-je bien accueillie par les Français? et si je réussi mes études, vais-je trouver un travail respectable ou devrais-je repartir à la conquête du Maroc professionnel?

La langue n’étant en aucun cas une barrière pour la majorité des jeunes étudiants marocains, mon « intégration » s’est faite doucement mais sûrement. Seul la culture locale était à découvrir: les habitudes alimentaires, les expressions typiques (et atypiques) de ma région/ville…La solitude des débuts était bien présente mais pas pour longtemps. En général, elle perdure le temps de se faire un nouveau cercle d’amis et de trouver des nouvelles activités étudiantes, associatives, sportives et/ou artistiques.

D’abords, la ville: Aix-en-Provence. Pour ceux qui la connaisse bien, très bo-bo mais assez généreuse. Une ville étudiante, ni trop grande ni trop petite, juste ce qu’il faut pour ne pas être dans le speed et stresse citadin. Puis les études: Université d’Aix-Marseille. Ma fac de lettre (connue pour être le siège des baba-cool) est collée à la prestigieuse fac de droit. Les divergences de look vestimentaires et de mentalités m’impressionnent encore! 4 ans d’études studieuses (et festives) m’ont permis d’apprendre à me connaitre, à connaitre l’autre et à évoluer, tout simplement.

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Moins introvertie mais toujours assez solitaire dans l’âme, j’ai quitté cette ville en 2012 à la conquête de Marseille et de son école de communication. Un réel coup de cœur pour la cité Phocéenne. On s’y sent chez soi, accueillit. Ma vie d’adulte s’est dessinée dans cette ville: stages, travail, spiritualité, blog, rencontres, mariage…5 ans déjà, et le temps qui passe tellement vite.

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Quand est-ce qu’on devient plus français que marocain? A quelle moment la culture du pays qui t’accueille prend le dessus? avons-nous une part de choix dans cette histoire? et bien, le sujet de l’identité culturelle est assez complexe, mais je dirais que cela dépend des situations, des vécus et des choix de chacun d’entre nous. Un exemple tout bête: je suis moins susceptible (sport national marocain par excellence) qu’avant; je ne bois plus du thé à la menthe au petit déj; je ne parle pas Darija avec les marocains que je croise en France (au risque de passer pour une snobinarde). En revanche, je tuerai pour pouvoir m’habiller en Djellaba et sortir sans attirer le regard de tous le monde; une semaine sans cuisiner marocain est une semaine perdue; j’ai déjà eu à acheter un Caftan tout en sachant que je n’avais aucune occasion pour le mettre à Marseille, sauf peut être pour Halloween!…un ensemble de choses qui fait de moi la « maroseillaise » que je suis aujourd’hui. « France ou Maroc? », la question que mes proches continuent à me poser et à laquelle je répond toujours: les deux me vont plutôt bien!

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